le Dimanche 4 Décembre 2022
le Lundi 12 avril 2021 12:29 Société

Pour que cesse la violence conjugale

Le Québec a été ébranlé ces dernières semaines alors que huit femmes en autant de semaines ont été assassinées par leur conjoint. Face à cette situation, de nombreux organismes ont organisé des activités le 2 avril dernier pour dire non à la violence conjugale et La Citad’Elle de Lachute n’y a pas fait exception. Le centre d’hébergement pour femmes a organisé une discussion en ligne pour expliquer ce qu’était la violence conjugale, dénoncer cette problématique et répondre aux interrogations du public.

«Cet événement, c’est pour dire que c’est assez, les féminicides, confirme Caroline Limoges, directrice générale de La Citad’Elle, la veille de l’événement. On va aussi parler des services que l’on offre car nous n’offrons pas que de l’hébergement. On va vraiment répondre aux interrogations des gens.»

Il y a presqu’exactement un an, dans nos pages, on indiquait que le début du confinement lié à la pandémie de Covid-19 commençait déjà à avoir un impact sur les demandes d’aide que recevait La Citad’Elle. Un an plus tard, cette hausse des demandes ne s’est malheureusement pas essoufflée.

«En mars de l’an dernier, c’était tranquille mais à partir de juin, on a eu des journées record de demandes d’aide, indique madame Limoges. Il y a eu une hausse significative de demandes d’aide, d’écoute et d’hébergement. On est actuellement à pleine capacité avec nos 13 places d’occupées en hébergement.»

La directrice générale n’avait pas encore les données cumulatives de l’année financière 2020-2021 qui s’est conclue le 31 mars dernier. Cependant, elle confirme qu’à vue d’œil, la hausse a été marquée au cours des douze derniers mois. Elle ne peut par contre pas expliquer pourquoi, depuis deux mois, autant d’hommes en viennent à tuer leur conjointe en si peu de temps.

«Si j’avais réponse à cette question, il y aurait sans doute eu moins de ces meurtres, confie-t-elle. La violence conjugale est une question de contrôle. Un agresseur a eu un plus grand contrôle pendant plusieurs mois sur une femme en raison du confinement. Maintenant que l’on déconfine, que la femme retourne au travail ou dans des magasins, ce conjoint perd ce contrôle qu’il avait. Ça peut expliquer la situation mais pas seulement: il y a aussi plus de femmes qui décident de quitter leur conjoint après des mois d’enfer à cause du confinement. Or, au moment de quitter, c’est là que le danger de féminicide est le plus élevé.»

Selon elle, ces meurtres ont un impact sur les femmes actuellement hébergées. «On en a qui se disent que ça aurait pu être elles, raconte-t-elle. Les maisons d’hébergement sont là pour répondre aux appels, aux interrogations. Une femme en danger peut appeler le 911. Elle peut aussi appeler une maison d’hébergement pour parler avec une intervenante pour établir un plan pour l’aider à quitter son conjoint.»

Modifications des services

Caroline Limoges le confirme: la Covid-19 a eu un impact sur le fonctionnement des organismes d’hébergement pour les femmes cherchant à fuir un conjoint violent. Si au début de la pandémie un établissement avait été spécialement mis sur pied pour accueillir les femmes le temps qu’elles fassent une quarantaine avant d’intégrer une maison d’hébergement, ces dernières ont maintenant des espaces attitrés pour permettre cette quarantaine directement dans leurs murs. Des espaces supplémentaires ont aussi été aménagés dans un centre temporaire du côté de St-Jérôme.

«Peu importe les besoins de la femme et des enfants, on va être en mesure d’y répondre», indique-t-elle.

Par ailleurs, depuis février dernier, La Citad’Elle a conclu une entente avec la SPCA Argenteuil afin que cette dernière puisse héberger les animaux de compagnie des femmes fuyant un conjoint violent.

«On est très heureuses de ce partenariat-là! Souvent, des femmes nous appelaient pour avoir de l’hébergement mais comme on ne peut pas accueillir d’animaux, elles décidaient de rester avec le conjoint, raconte madame Limoges. Des fois, lorsqu’une femme quitte son conjoint violent, ce dernier peut se venger sur l’animal: j’ai déjà vu des hommes tuer un animal devant la femme juste pour lui faire peur. C’est horrible!»

Ce partenariat devrait donc aider à protéger ces animaux de compagnie et à mettre encore plus en confiance la femme qui décide de quitter son conjoint.

Pour obtenir plus d’informations sur les services offerts à la Citad’Elle, composez le (450) 562-7797 ou visitez le citadellelachute.ca.