le Mardi 29 novembre 2022
le Mardi 22 juin 2021 8:14 Économie

Bobby Lalonde et le blues du businessman!

LE RÉGIONAL a été choyé au cours du mois de mai : il y a quelques semaines, mon confrère Francis Legault a eu le privilège de souligner les exploits d’un premier ‘BOB’ de la région, Bob Hartley, qui, à la tête de l’équipe Cendrillon de l’Avangard d’Omsk, a remporté la Coupe Gagarine, récompense ultime de l’équipe championne de la ligue professionnelle de hockey russe.

C’était mon tour cette semaine d’être choyé puisque j’ai eu le plaisir d’accueillir mon propre ‘BOB’ en la personne de BOBBY LALONDE, musicien émérite bien connu dans la région ‘and well beyond…’ et homme d’affaires accompli. C’est d’ailleurs pour souligner le prochain 20e anniversaire de son entreprise que nous l’avons approché. Tout un exploit en soi, considérant que nous en sommes maintenant à une deuxième année en situation de pandémie et que son entreprise, en mode survie comme plusieurs autres, est bien vivante, resplendissante de santé et prête à accueillir ses premiers clients post-confinement avec fébrilité!

‘According to data from the Bureau of Labor Statistics, about 20% of small businesses fail within the first year; by the end of their fifth year, roughly 50% have failed; after ten years, only about a third of businesses have survived.’ Au XIXe siècle, une théorie un peu farfelue disait qu’on pouvait déterminer les talents et aptitudes d’un individu par le nombre de bosses qu’il/elle avait sur le crâne, d’où est née l’expression ‘avoir la bosse de…’, c’est-à-dire ‘avoir un don pour…’: nous pouvons donc en conclure, à l’évidence du succès de son entreprise, familiale puisqu’elle inclut également son épouse Joy et son fils Adam, ainsi que Simon Joly, un jeune musicien local qui s’est joint à l’équipe, qu’en plus de la bosse de la musique, Bobby Lalonde a une belle bosse des affaires!

Brièvement, question de se rafraîchir la mémoire, voici quelques détails biographiques sur la carrière musicale de Bobby, sa carrière pré-businessman! Né en 1958, Bobby est donc de la génération des ‘Boomers’, celle qui a vécu le yéyé, le disco, les chansonniers, Elvis et les Beatles, Kennedy et Mao. Sa première expérience musicale fut avec sa propre fratrie, The Four Sons, ce qui le mena à des contrats avec Stompin’ Tom Connors et au célèbre Ranch à Willie (Lamothe); encore ‘teenager’, il se joint au groupe Garolou avant de former son propre groupe, le Bobby Lalonde Band qui fera la tournée de plusieurs pays du monde pendant presque vingt ans. Il participe entretemps à plusieurs concerts caritatifs (Téléthon CHEO), à plusieurs concerts exclusifs (sommet du G7 à Montebello, Jour du Canada à Queen’s Park, Power Aid Live) et grands festivals country (St-Tite). Il se joindra par la suite à Michel Bénac pour former le group Swing, qui offrira une musique de genre folklorique/urbain/techno; en 2001, le groupe s’est produit sur la colline du Parlement à l’occasion du Jour du Canada devant plus de 100,000 spectateurs. Dans ses temps libres (!) et quand il est dans la région (!), Bobby possède un studio d’enregistrement professionnel, Bolab Audio Productions, qu’il rentabilise en offrant ses services à d’autres musiciens. C’est en 2002 qu’il décidera de mettre le compteur (i.e. sa carrière musicale) sur pause et de réorienter ses dons et connaissances musicales vers l’ouverture d’une boutique où sont offerts tous les biens et services recherchés par les mélomanes de la région, amateurs comme professionnels.

LE RÉGIONAL : En ouverture d’entrevue, permets-moi de te féliciter, ainsi que toute ton équipe, d’avoir atteint cette étape du 20e anniversaire, c’est un  jalon significatif dans la vie d’une petite entreprise!

BOBBY : Merci, et je remercie également Le Régional de le souligner. Notre boutique originale était située à Vankleek Hill, à l’intersection principale à l’entrée du village, une belle bâtisse historique en brique rouge typique, l’ancien hôtel-taverne Dominion. Tu sais, les premiers jours, les premières semaines, les premiers mois même n’ont pas été ‘roses’ : certains soirs, je retournais chez moi sans avoir vu un seul client, sans avoir généré une seule vente; je n’en parlais pas à ma famille pour ne pas les inquiéter, mais j’avais moi-même des doutes à ce moment-là. Mais petit à petit, nous nous sommes bâtis une clientèle qui est devenue très fidèle et nous a aidés à devenir ce que nous sommes devenus aujourd’hui.

LE RÉGIONAL : Qu’est-ce qui t’a incité à mettre ta carrière musicale en veilleuse et à te lancer dans cette aventure? Avais-tu une expérience préalable en affaires ou en administration?

BOBBY : Après 37 ans d’une vie d’artiste professionnel et régulièrement en tournée, j’étais dû pour vivre une vie personnelle et familiale plus stable : mes enfants étaient adolescents à ce moment-là et c’était ma responsabilité d’être là pour eux. J’avais acquis une certaine expérience administrative dans la gérance des groupes dont je faisais partie, mais gérer un inventaire, c’est une autre dimension que j’ai pu apprivoiser assez facilement et je le dis sans fausse modestie, parce j’ai les connaissances nécessaires en musique et en tout ce qui s’y rattache de près ou de loin. Mon épouse et moi travaillions pour un salaire minimum parce que nous réinvestissions presque tous nos profits pour augmenter notre inventaire.

LE RÉGIONAL : Ton entreprise semble avoir une exclusivité dans le domaine de la musique dans la région; est-ce que les sites de vente en ligne de type Amazon constituent une concurrence sérieuse?

BOBBY : Au début de cette aventure, nous n’étions pas exclusifs : il y avait L’Escale Musique de Hawkesbury qui était notre concurrent direct; quand ils ont fermé leurs portes, j’avais une sérieuse décision d’affaires à prendre : rester à  Vankleek Hill où j’ai adoré les onze années que j’y ai passées ou déménager à Hawkesbury et y occuper ce marché vacant avant que quelqu’un de l’extérieur ne vienne y établir un magasin qui me concurrencera? Nous avons choisi le défi de nous établir à Hawkesbury, confiants que notre fidèle clientèle nous y suivrait; ça a été le cas et nous y sommes depuis maintenant neuf ans. Quant à la concurrence en ligne, nous avons répondu à leur défi : d’abord en créant notre propre site en ligne et ensuite, en égalant leurs prix. Alors, à prix égal, à matériel égal, quelle est la différence diras-tu? La différence, c’est notre service!

LE RÉGIONAL : Pourquoi avoir choisi ce site à l’est de la ville où il y a peu d’autres activités commerciales? As-tu considéré le centre-ville?

BOBBY : Nous avons choisi notre site actuel d’abord pour la simple et bonne raison que j’en étais déjà propriétaire, et ensuite, comme le fait tout bon homme d’affaires sérieux, j’ai fait ma propre étude de marché personnelle : bien installé sur la galerie avant du magasin, j’ai compté le nombre de véhicules qui y circulaient, notant aussi leurs plaques d’immatriculation provinciales et j’ai été convaincu hors de tout doute : cet axe routier a une circulation automobile très supérieure à la rue Principale du centre-ville où beaucoup de circulation est maintenant détournée par le boulevard du Chenail. Notre décision était prise!

LE RÉGIONAL : Maintenant que ton entreprise est bien établie, rentable, entre les mains de gens de confiance, de quoi seront faites tes vingt prochaines années?

BOBBY : Les vingt prochaines seront sans doute comme les vingt premières parce que je dois t’avouer une chose : j’ai encore énormément de plaisir et de satisfaction à faire ce que je fais, j’ai encore la PASSION! Tu devrais nous voir tous en magasin quand nous recevons un nouveau stock de guitares, de clavier :  Nous sommes comme des enfants dans un magasin de bonbons! Tant que ce sera le cas, pas question de retraite; je vais peu à peu réduire le nombre de jours et d’heures consacrés à la boutique et m’offrir d’autres petits plaisirs personnels comme m’adonner à la lutherie et profiter de mes petits-enfants dont j’ai été privé pendant toutes ces semaines de confinement.

Merci Bob de nous avoir offert cette entrevue : c’est toujours un plaisir de rencontrer des gens authentiques et passionnés comme toi; je répète en terminant une phrase citée plus haut : à prix égal, à matériel égal, pourquoi acheter ‘local’? Pour le service personnalisé que nous offrent les entreprises d’ici!