le Mercredi 7 Décembre 2022
le Jeudi 4 août 2022 11:50 Environnement

L’agriculture différemment à la Ferme Guayclair

Après une pause de deux ans, l’événement Portes ouvertes sur les fermes du Québec, organisé par l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec, est de retour cette année avec une trentaine d’exploitations agricoles qui accueilleront les visiteurs à travers la province. Et la première ferme à avoir tenu ses portes ouvertes en 2022 fut la Ferme Guayclair de Brownsburg-Chatham où le public a pu découvrir, le 23 juillet dernier, une façon de faire différente de l’agriculture traditionnelle: l’agriculture régénérative.

Ayant pris la relève de la ferme laitière des mains de son père en 2004, Stéphane Guay a effectué une transition vers l’élevage de bovins de boucherie en 2018 pour des raisons de santé. Aujourd’hui, la Ferme Guayclair (contraction du nom de famille du père avec le prénom de sa mère Marie-Claire) compte environ 90 bêtes, majoritairement issues de croisements entre différentes races. L’entreprise vend sa viande directement dans sa boutique à la ferme quoique certains restaurants de la région utilisent également celle-ci dans leurs plats.

Or, ce qui démarque la Ferme Guayclair est l’utilisation des principes d’agriculture régénérative. Cette façon de faire vise la mise en place de pratiques qui favorisent la restauration de la santé du sol, la résilience des cultures aux changements climatiques et l’optimisation du cycle de l’eau, entre autres.

«C’est quelque chose qui est venu au fil du temps par observation. Je voyais qu’il y avait des choses qui fonctionnaient moins. Par exemple, l’épandage d’herbicides fonctionne de moins en moins dans les champs, raconte monsieur Guay. On a donc essayé de trouver une façon de contrôler les mauvaises herbes en couvrant les sols avec d’autres herbes à l’automne pour qu’au printemps, il y ait moins de chances que ces mauvaises herbes poussent.»

Ainsi, après la récolte des cultures dites commerciales, monsieur Guay s’emploie à recouvrir ses champs avec d’autres plantes qui, elles, ne seront pas récoltées mais qui apporteront des bénéfices au sol: rétention des eaux de ruissellement et de la matière organique, minimisation de la croissance de mauvaises herbes, ajout d’éléments nutritifs…

«Les légumineuses vont fixer l’azote de l’air au sol tandis que le tournesol va aller chercher le potassium du sous-sol vers la surface, note l’agriculteur en guise d’exemple. Si en plus on peut emmener les animaux en pâturage dans ces plantes-là, on peut bénéficier de la fertilisation par les bêtes en plus.»

D’ailleurs, les animaux de monsieur Guay restent plus de la moitié de l’année dans les champs, se nourrissant des plantes présentes sans apport de nourriture additionnelle.

D’autres avenues

L’élevage de bovins de boucherie n’est pas la seule activité de la Ferme Guayclair. L’endroit compte aussi une forêt nourricière, une méthode de jardinage s’inspirant d’une forêt naturelle avec, en symbiose, un grand verger.

«On veut offrir de l’autocueillette de petits fruits à court terme, explique monsieur Guay. À moyen terme, ce sera l’autocueillette de gros fruits: pommes, poires et prunes. Ensuite, cette forêt nourricière va aussi servir de pépinière où l’on pourra prendre nos  propres végétaux pour faire des haies brise-vents dans les pâturages.»

L’agriculteur espère pouvoir aussi implanter ce concept de forêt nourricière chez d’autres producteurs agricoles du secteur. «Je côtoie des agriculteurs traditionnels et ils commencent eux-mêmes à adopter de nouvelles pratiques. Ils regardent ce que je fais et moi, je regarde ce que eux ils font. Il y a une belle interaction», dit-il.

Un projet de table champêtre est aussi sur la table, tout comme celui de couvrir un silo de la ferme d’une œuvre d’art, semblable au projet Popsilos du côté des Comtés unis de Prescott-Russell. «J’aimerais ramener de l’art agricole dans la région, déclare-t-il. J’aimerais amener cette culture agricole dans la montée Labranche. On est un rang très dynamique et ça serait bien pour la région.»

Relève

Stéphane Guay s’occupe généralement seul de sa ferme quoiqu’il reçoive de l’aide de son père lors des périodes de grands travaux dans les champs. Son fils de 16 ans l’aide également durant les vacances estivales mais il croit que sa fille de 18 ans serait celle qui pourrait bien un jour prendre sa relève.

«Elle adore le côté ovin, soit les moutons, indique monsieur Guay en soulignant que sa ferme compte aussi une quinzaine de ces bêtes. On pourrait apporter les moutons en pâturage avec les bovins, avec une séquence à respecter, et qui ferait un beau cycle pour les pâturages. On va probablement pousser dans cette avenue-là.»

Il convient cependant que depuis qu’il a effectué la transition vers l’élevage durable de bovins de boucherie, ses enfants pensent eux aussi à l’agriculture différemment. «Ils voient que l’on s’en va dans la bonne direction je dirais!»

Journée découverte

Lors de la journée du 23 juillet dernier, on estime qu’environ 700 personnes sont venues visiter la Ferme Guayclair et profiter du Marché public de Brownsburg-Chatham qui avait lieu sur place pour l’occasion.

«Les gens ont adoré l’expérience et ils ont aimé voir qu’il y a des entreprises qui font l’agriculture différemment dans la région, lance Stéphane Guay. Ça été une superbe journée pour nous.»

La Ferme Guayclair et sa boutique sont situées au 235, montée Labranche, à Brownsburg-Chatham. Pour plus d’informations, visitez le www.fermeguayclair.com.