le Vendredi 3 février 2023
le Vendredi 16 Décembre 2022 15:55 | mis à jour le 16 Décembre 2022 16:33 Culture

Jacques Charbonneau : une vie d’artiste récompensée

Jacques Charbonneau, travaillant dans son atelier.
Jacques Charbonneau, travaillant dans son atelier.
L'artiste de GSLR a reçu le prix de l'artiste de l'année dans les Laurentides.

Hommage à Mac Miller (2021), une des plus récentes exposition-performance de Jacques Charbonneau présentée au Frick Park de Pittsburgh, ville natale du rappeur.

L’artiste de Grenville-sur-la-Rouge (GSLR) Jacques Charbonneau s’est vu décerner le prix de l’artiste de l’année par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), lors de la 32e édition des Grands Prix de la culture des Laurentides, présenté le 1er décembre dernier.

Pour expliquer leur choix, venant avec un prix de 10 000$, les membres du jury ont notamment souligné la « démarche pertinente et engagée » de monsieur Charbonneau, son implication élevée dans sa région, son apport « considérable » dans le milieu des arts numériques et sa « conscience humanitaire et écologique ».

« Je pense que je n’ai jamais autant travaillé que lorsque j’ai su que j’étais en lice pour le prix », raconte Jacques Charbonneau qui, malgré ses récents succès, ne compte absolument pas ralentir, autant d’un point de vue artistique qu’organisationnel.

Ainsi, tout en demeurant actif et impliqué, c’est entre autres pour « l’ensemble » de son œuvre que l’artiste multidisciplinaire s’est vu être couronné par le CALQ.

Jacques Charbonneau, à New York en 1978, dans le cadre de sa première exposition internationale.

La vie d’artiste

Étudiant de l’École des Beaux-Arts de Montréal de 1967 à 1970 et diplômé en sculpture à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en 1971, Jacques Charbonneau a toujours su qu’il serait artiste, sans toutefois savoir sur quelle route cette voie allait l’amener.

« Au lieu de rester ici, j’ai décidé de partir en voyage avec ma plume et mes ciseaux », se remémore-t-il, alors qu’il a quitté Montréal en 1972 pour entamer un périple de quatre ans en Amérique du Sud.

Là-bas, il développe une expertise en photomontage et en collage qui lui permet d’être exposé un peu partout au Pérou en 1974. Fort de l’expérience et de la réputation acquise lors de ce périple, à son retour en Amérique du Nord, il participe à sa première exposition internationale, à la Westbroadway Gallery de New York, en 1978.

Jacques Charbonneau (complètement à gauche dans la rangée du milieu) posant avec les artiste de la Galerie Motivation V qu’il a fondé et opéré de 1979 à 1984.

« Un précurseur »

L’année suivante, toujours à New York, il découvre un photocopieur couleur Xeros 6500. Ce dernier allait devenir le principal outil de ses créations analogiques et numériques, se voulant novateur dans le milieu des arts de l’époque, peut-être même un peu trop.

« Quand je suis revenu, j’essayais d’exposer à Montréal, mais ça ne fonctionnait pas, parce que c’était [un concept] qui n’était pas connu et que personne ne faisait ici », se souvient-il de son retour du pays de l’Oncle Sam.

Décidant de prendre son destin en main, il lance donc son propre centre d’arts, la Galerie Motivation V, première galerie du genre complètement francophone, sur la rue De Bleury à Montréal. Sur cet erre d’aller, il réussi même à acquérir une Xeros 6500 à son « centre communautaire d’artistes ». Pendant cinq ans, de 1979 à 1984, il y exposera ses œuvres, présentera des expositions, ateliers et spectacles.

La fin de cette aventure ne représente toutefois que le début d’une nouvelle, cette fois sur la rue Ontario, encore à Montréal, où il crée le Centre Copie-Art (1982-1998) et la Galerie d’Arts Technologique (1992-1996).

Jacques Charbonneau, posant avec les artistes de la deuxième édition du sentier d’arts Nature et Tradition, présentée en 2021 à GSLR.

Nouveau départ et recycl’art

Résident à Montréal durant plusieurs années, c’est en empruntant la route 148 pour rendre visite à sa famille de Hull que Jacques Charbonneau trouve et achète la maison de GSLR dans laquelle il réside avec sa famille depuis 1998.

Après s’être installé dans les Laurentides, tout comme il l’avait fait avec les arts numériques à Montréal, il se voudra être le précurseur d’un autre type d’art : le recycl’art.

En ayant déjà fait dans les années 70 en Gaspésie et Baie-St-Paul, il propage le mouvement recycl’art dans la région.

« Je suis 49% organisateur et 51% artiste […]. Je savais que certaines personnes en faisaient chacun de leur côté, alors j’ai voulu les rassembler », indique-t-il, alors qu’il a tenu la première exposition Recycl’art de la région dans une grange du secteur de Calumet (GSLR).

Par la suite, il mettra sur pieds d’autres expositions du genre à Gatineau, à Hawkesbury, et jusqu’à tout récemment, à GSLR.

« Je me souviens », un jeu de l’histoire du Québec créé par Jacques Charbonneau (1995).

Militantisme artistique

De Montréal à GSLR, qu’il s’agisse de ses collages, de ses œuvres analogiques, numériques, ou de recycl’art, Jacques Charbonneau n’a jamais eu peur de militer pour les enjeux qui lui tenaient à cœur, autant dans la vie que dans son art.

« On a vraiment défendu la langue française […] maintenant, on voit ça moins souvent, mais à l’époque on s’est battu et on s’est fait matraquer au passage », se remémore avec sourire celui dont certaines œuvres parlaient précisément du Québec, notamment de son indépendance.

Aujourd’hui, l’artiste constate que les jeunes se sont tourné vers différents enjeux, notamment celui de l’environnement et de l’écologie, des enjeux qui s’inscrivent très bien avec le mouvement recycl’art.

C’est d’ailleurs parce qu’il a su faire évoluer son art avec le temps, pour ce qu’il a accompli par le passé et pour ce qu’il accomplit toujours, que Jacques Charbonneau se voit encore être récompensé, ici comme ailleurs, en 2022.

La plaque du Prix international de Paris, remise à Jacques Charbonneau en octobre dernier.

Toujours présent

Plus tôt cette année, avant d’être nommé artiste de l’année dans les Laurentides en décembre, l’artiste de GSLR a aussi reçu plusieurs prix internationaux ; à Milan (Italie), en avril, à Lecce (Italie), en juillet et à Paris (France) en octobre dernier.

Ne « s’assoyant pas sur ses lauriers », à la suite d’une année 2022 primée, il a déjà quelques plans en tête pour la suite, travaillant sur un possible retour new-yorkais en 2023 et une exposition montréalaise en 2024, cette fois en partenariat avec la Société des arts technologiques (SAT).

Bref, c’est par passion que Jacques Charbonneau est devenu artiste, et c’est par passion qu’il le demeure, plus que jamais aujourd’hui.

« La vie est courte, mais c’est long quand même quand tu regardes ça […]. Il y en a qui s’ennuient dans la vie, et ça, ça vieillit vite. Moi, j’ai 79 ans, je suis dans mon atelier, je bouge, et vraiment, je vis bien », conclut-il, en précisant que le secret de son éternelle passion est « d’avoir toujours l’esprit rempli ».