le Mercredi 7 Décembre 2022
le Jeudi 3 mars 2022 13:00 Politique

TÊTE-À-TÊTE AVEC MADAME LE MAIRE ASSALY

De retour d’un congé pour soigner des problèmes de santé, c’est une Paula Assaly en belle forme et très en verve qui nous a accueilli  à son bureau de l’hôtel de ville; nous avions convenu avec elle au départ des thèmes que nous aborderions et la conversation n’a en aucun temps débordé vers les affaires courantes de la municipalité. Rappelons que madame Assaly est devenue maire suite à l’élection municipale de 2018 après une victoire décisive sur les autres candidats au poste; cependant, les astres n’étaient pas très alignés en sa faveur puisque son mandat s’avérera pas mal ‘rock’n’roll’, sa vision et ses projets plombés par presque trois ans de situation pandémique.

LE RÉGIONAL : Bonjour Madame Assaly, il fait bon de vous revoir au travail et nous apprécions pouvoir vous rencontrer, si ce n’est que l’espace d’une toute petite heure parmi les quelque 60? 80? heures par semaine que vous consacrez à votre poste.

MADAME LE MAIRE : En effet, je ne compte plus les heures, ni les jours d’ailleurs; on a déjà fait un calcul sommaire du nombre d’heures/semaine et du nombre de jours/semaine que je consacre à mes tâches de maire par rapport au salaire payépar la municipalité et c’était équivalent à environ 12$ et quelques sous/ l’heure, soit SOUS le salaire minimum. Par contre, ce n’est là qu’un des facteurs : le fait d’être membre de multiples comités au niveau de la ville et des comtés, en sus de mes responsabilités quotidiennes à la mairie, font que la fatigue et le stress nous rattrapent tous et que l’adrénaline vient à manquer.

LE RÉGIONAL : Vous êtes avocate de carrière si je me réfère à votre profil professionnel, et maintenant retraitée; quelle a été votre motivation personnelle ou professionnelle à vous lancer dans l’arène politique municipale?

MADAME LE MAIRE : Si je fais un pas de recul, je n’avais aucune aspiration politique. Mais petit à petit, ce sont les citoyens et citoyennes qui m’ont approchée pour les représenter et encouragée à le faire. Lorsque j’ai réalisé que j’avais leur appui, je me suis lancée dans l’arène de la politique municipale.

LE RÉGIONAL : Est-ce qu’il s’agissait là d’un tremplin pour ensuite aspirer à l’arène provinciale ou fédérale?

MADAME LE MAIRE : Je ne me suis jamais penchée sur cette possibilité puisqu’il y a beaucoup trop à faire à Hawkesbury même et beaucoup de domaines où on peut certainement faire mieux.

LE RÉGIONAL : En politique municipale, il y a rarement de ‘partis’ formels, mais plutôt des équipes de gens qui ont une vision commune; est-ce un avantage, un désavantage?

MADAME LE MAIRE : J’admets ne pas avoir encore fait l’expérience d’une vision ‘commune’ au sein du Conseil de la Ville de Hawkesbury, ce qui me semble malheureux et qui constitue une problématique à corriger; toutefois, ce n’est pas une situation facile à régler puisque nous ne sommes pas tous ‘visionnaires’ ou n’avons pas nécessairement une vision ‘commune’, que celle-ci soit d’un avenir proche ou éloigné. On confond souvent les affaires courantes et les besoins de base quotidiens de la communauté avec sa vision. Malgré quelques tentatives d’établir un plan stratégique pour le terme de notre mandat et à mon insistance,  cela n’a pas pu se concrétiser. On semble se contenter d’être en mode réactionnaire depuis des décennies et il devient donc très difficile d’être proactifs.

LE RÉGIONAL : Le groupe Leadership féminin Prescott-Russell a fait la manchette dernièrement, invitant un plus grand nombre de femmes à s’impliquer en politique de façon à atteindre une équité de représentation entre hommes et femmes. Croyez-vous que c’est un objectif réaliste de viser la parité?

MADAME LE MAIRE : Pour être logique, oui, tout à fait, puisque 52% de la population est constitué de femmes; est-ce réaliste? Je crois que oui, mais toutefois, ceci va prendre du temps puisque notre population vieillissante est composée de femmes qui proviennent de milieu où les hommes prenaient les décisions et qu’ils avaient donc plus de possibilités et de facilité à se faire élire. Est-ce désirable?  Oui encore, puisque 52% de la population de femmes n’est pas adéquatement représenté. Les jeunes par exemple, ne sont plus représentés au Conseil depuis plusieurs années. Il est primordial de viser à la fois la parité des genres et une plus grande diversité parmi les dirigeants politiques pour garantir l’équilibre, l’équité et la justice.

LE RÉGIONAL : Pensez-vous que toutes les pressions exercées par les groupuscules de gauche, de droite et d’un peu partout peuvent faire hésiter des gens compétents à faire le saut?

MADAME LE MAIRE : Nous avons besoin des gens avec diverses compétences, expériences et une ouverture d’esprit.  Les gens qui veulent du changement devraient sérieusement considérer offrir leurs services, sinon il n’y aura jamais de changements, ce sera toujours le même statut quo.  Le premier mandat est souvent un mandat d’apprentissage, quelle qu’ait été son expérience préalable et il ne faut pas se laisser décourager par l’apprentissage de ses nouvelles tâches et des dossiers à régler. Il faut adopter l’approche du ‘petit pas’.

LE RÉGIONAL : Y a-t-il une femme-politicienne qui vous a servi de modèle, ou sinon, un politicien spécifique qui vous a inspirée?

MADAME LE MAIRE : Je dirais plutôt que plusieurs ‘personnes’ m’ont inspirée et  m’ont servi de modèle, dont certaines femmes bien sûr!

LE RÉGIONAL : La misogynieexistera toujours,  tout comme le sexisme, le racisme, la religion; étant la seule femme-maire aux Comtés unis, est-ce que la situation est ‘sereine’ pour vous parmi tant d’hommes?

MADAME LE MAIRE : Je vois avouer que mes relations avec tous les autres maires des municipalités des Comtés unis de Prescott-Russell, où je suis la seule femme d’ailleurs, ont toujours été très sereines et que ma contribution a toujours été traitée d’égale à égale, avec respect et ouverture d’esprit. Nous avons tous des préjugés, c’est dans la nature humaine; mais l’importance est d’en être conscient et de pouvoir, malgré tout, démontrer une authentique ouverture d’esprit.

LE RÉGIONAL : Croyez-vous que les citoyens/ennes de Hawkesbury peuvent se montrer satisfaits de vos réalisations des presque quatre dernières années, du bilan de votre administration, malgré les années difficiles de la pandémie qui ont sûrement freiné plusieurs projets?

MADAME LE  MAIRE : Avec la Covid, la sécurité des gens étaient la priorité première de la municipalité. La province  donnait ses directives aux municipalités, lesquelles en retour devaient s’assurer que les officiers de règlements voient au  respect de ces directives par la population. Puisque celles-ci changeaient de semaine en semaine, nous étions donc tous dans un mode réactionnaire, toujours sur le qui-vive, en attente des prochaines directives, ce qui a créé beaucoup d’anxiété et parfois de confusion chez les responsables municipaux et les citoyens. Au cours de la première année de mon mandat, mon propre apprentissage était d’autant plus chargé que je me suis retrouvée sans adjointe administrative, une nécessité absolue.

Au fur et à mesure que je suis devenue plus confortable dans mon poste, plusieurs dossiers importants ont requis notre attention et nos efforts : le lancement de S.O.S. Habitation, qui reconnait le manque de logement de tous genres à Hawkesbury incluant les logements abordables, le projet de ‘Communauté francophone accueillante’ dans lequel le ministère de l’Immigration a octroyé et investi plus d’un million de dollars localement et se poursuit encore durant 2022, une initiative a vu naître plusieurs partenariats avec les industries, les maisons d’affaires et les organismes locaux. Plusieurs importants projets d’infrastructure ont également dû être adressés, tel que le mur de soutènement du ruisseau Mill à l’intersection des rues Main et McGill, les travaux de finition à l’intersection des rues Cameron et Main, des investissements très significatifs de plusieurs millions de dollars dans la rénovation de l’usine de traitement d’eau. Le budget 2022 a  été adopté en décembre dernier, ce qui nous permettra de faire des économies substantielles lors de nos prochains appels d’offres et demandes de subventions.

LE RÉGIONAL : Quelle est votre plus grande satisfaction? Votre plus grande déception? Votre plus grand regret?

MADAME LE MAIRE : Mes plus grandes satisfactions? Sûrement l’adoption du budget en décembre dernier, ce qui a tout de même demandé trois ans pour se concrétiser; réaliser que des promoteurs sont intéressés à assumer la construction de logements de tous genres dans notre ville, une nécessité fondamentale à notre croissance; notre nomination de Communauté francophone accueillante qui viendra pallier, nous l’espérons, notre manque de main-d’œuvre spécialisée; notre rattrapage, petit à petit, au niveau technologique et au niveau bureaucratique, suite à des années de retards et de négligence. Ma plus grande déception? Définitivement d’avoir dû annuler et remettre plusieurs projets et activités en raison des conséquences et des restrictions de la pandémie; que le Conseil refuse de se pencher sur une plateforme touristique qui constituait un élément important de ma vision et de son programme fut un coup dur à encaisser. Mon plus grand regret? De n’avoir pu interagir librement et personnellement avec les citoyens, citoyennes et électeurs de Hawkesbury en raison des restrictions sanitaires et de constater le niveau de stress chez chacun et chacune.

LE RÉGIONAL : Merci de votre participation madame le Maire, d’avoir partagé votre propre vision du passé, du présent et de l’avenir de Hawkesbury avec nos lecteurs. Impossible cependant de vous quitter sans oser une dernière question : est-ce que vous planifiez être candidate pour un deuxième mandat à la mairie?

MADAME LE MAIRE : Absolument! Le travail est loin d’être fini : plusieurs projets de grande importance pour l’avenir de la ville sont en jeu ou en cours de réalisation et je considère qu’un deuxième mandat nous permettra de rattraper le temps perdu! Je souhaite une représentation plus diversifiée et proportionnelle au sein du Conseil, homme/femme, jeunes candidats/aînés, des gens ayant diverses connaissances, compétences  et expériences avec lesquellesnous pourrons envisager et construire le Hawkesbury des prochaines années, des gens de vision quoi!