le Dimanche 4 Décembre 2022
le Vendredi 25 juin 2021 16:03 Municipal

Un changement de zonage pas au goût de tous

Le conseil municipal de St-André-d’Argenteuil a adopté le 1er juin dernier un règlement visant à modifier le zonage de deux terrains lui appartenant afin de lui permettre sur l’un, de construire des jeux d’eau, et sur l’autre, d’autoriser la construction d’immeubles à logements. Mais ce changement de zonage ne semble pas plaire à certains citoyens du secteur qui demandent à la municipalité de refaire ses devoirs. Un référendum sur la question aura lieu bientôt.

Le règlement 47-23-2021 adopté par le conseil le 1er juin dernier vise à modifier le zonage de deux terrains contigus qui appartiennent actuellement à la municipalité et situés à l’angle des rues Legault et Maurice.

Le premier terrain est celui situé au 3 de la rue Legault: il s’agit d’une résidence que la municipalité voudrait démolir afin d’y construire un nouveau chalet qui accompagnerait des jeux d’eau avec un petit stationnement. Actuellement situé dans la zone RU1-159, la municipalité voudrait faire passer ce terrain dans la zone voisine P2-152 où l’usage du site en tant que parc ou terrain de jeu est autorisé, ce qui n’est pas le cas avec le zonage actuellement en place.

Le second terrain impliqué est situé tout à côté: il s’agit d’un terrain de stationnement pour le parc jouxtant la cour de l’école St-André. Actuellement situé dans la zone P2-152 où la construction résidentielle n’est pas permise, la municipalité voudrait créer une toute nouvelle zone, la RU3-159.1, qui inclurait ce terrain mais aussi tous ceux se trouvant au nord de la rue Maurice jusqu’à la future rue de la Gare et qui se trouvent actuellement dans la zone résidentielle RU1-159. Dans la nouvelle zone, il serait non seulement toujours permis de construire des bâtiments résidentiels; cependant, on ajoute que ceux-ci pourront être des immeubles de quatre logements et plus. Par contre, la hauteur de ces immeubles sera limitée à 2,5 étages.

Des immeubles pas les bienvenus

Pour l’ancien conseiller municipal Jacques Decoeur, qui réside près des terrains concernés, ce changement de zonage le dérange surtout en raison de la création de la zone RU3-159.1 qui permettrait la construction d’immeubles à logements. «Les jeux d’eau, on est parfaitement en accord avec ce projet. Le problème, c’est le bloc! Ça prend trop de place, explique-t-il. Ici, c’est un secteur de maisons unifamiliales. Avec un bloc, ça défait le visage du coin!»

Daniel Clermont, un autre résident du quartier, indique avoir choisi de s’établir dans le secteur en raison de l’ambiance campagnarde qui y règne. «Quand j’ai acheté ici il y a une quinzaine d’années, c’est ça qui m’a décidé, raconte-t-il. Il y a cette ambiance de village de campagne. […] Mais là, j’ai demandé au directeur général de la municipalité si St-André était rendu comme Laval, avec du développement sauvage où des terrains où il n’y avait que des bungalows se font acheter pour construire des condos dessus!»

L’emplacement des jeux d’eau pose aussi problème selon eux: en étant situés au coin de la rue, la sécurité des jeunes pourrait être menacée par la circulation, disent-ils. Qui plus est, en retirant le stationnement du terrain voisin, les voitures n’auraient d’autre choix que de se stationner dans les rues.

«Ils pourraient mettre les jeux [à la place du stationnement] et faire un stationnement qui a du sens sur le terrain de la maison, lance monsieur Clermont. C’est quoi l’affaire de vouloir absolument ce terrain-là pour faire un bloc?»

«Je comprends le raisonnement comme quoi il manque de logements à St-André», déclare monsieur Decoeur qui dit avoir noté plusieurs autres changements de zonage dans la municipalité ces derniers mois pour permettre la construction d’immeubles à logements. «Mais les gens vont être surpris quand ils vont se réveiller avec un bloc à côté de chez eux.»

Les deux citoyens remettent aussi en question la façon de procéder de la municipalité: avec la pandémie, les séances du conseil se tiennent à huis clos. Une rencontre en visioconférence a eu lieu avec les citoyens par après pour expliquer le projet mais autant messieurs Decoeur que Clermont estiment que ce ne sont pas tous les résidents qui sont à l’aise avec les nouvelles technologies et ont pu assister à cette rencontre.

Quant au feuillet explicatif qui a été envoyé aux résidents des secteurs concernés, ils trouvent que celui-ci ressemble plus à un outil de promotion commerciale qui insiste sur le volet des jeux d’eau plutôt que sur la possible construction d’immeubles à logements sur l’ensemble de la nouvelle zone. Ils affirment également avoir de la difficulté à obtenir des réponses de la part de la municipalité sur divers aspects du dossier.

«Ils veulent gros comme le bras faire le projet. Ils nous montrent la carotte, les jeux d’eau, en nous disant qu’il faut se dépêcher à l’accepter, lance monsieur Clermont. Mais la ville n’écoute pas [les citoyens du secteur]. Elle va aller de l’avant en faisant un référendum, peu importe combien ça va coûter.»

En effet, Daniel Clermont et Jacques Decoeur ont recueilli assez de signatures de résidents des secteurs concernés pour forcer la tenue d’un référendum sur la question.

Le maire de St-André-d’Argenteuil, Marc-Olivier Labelle, confirme qu’un référendum devrait avoir lieu bientôt concernant ce changement de zonage mais indique ne pas savoir quand (voir autre texte).

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Photo: le terrain de stationnement visé par le changement de zonage.

Un projet pour densifier le cœur du village selon le maire

Si le changement de zonage proposé par la municipalité de Saint-André-d’Argenteuil ne fait pas l’affaire de certains citoyens, le maire Marc-Olivier Labelle croit au contraire que cela va permettre de mettre en valeur le noyau villageois.

Selon lui, l’objectif visé par le conseil municipal avec cette nouvelle règlementation est de densifier ce qu’il considère être le cœur du village de St-André. «On veut densifier, valoriser et mettre en valeur le secteur en périphérie de l’école, d’où l’importance d’avoir des immeubles à logements ou des maisons avec des bachelors, explique-t-il. La nouvelle zone qui va permettre les immeubles de quatre logements et plus va ceinturer le secteur de l’école.»

En effet, les deux autres zones entourant celle où est située l’école primaire, les zones M-158 et RU3-148, autorisent déjà les immeubles de quatre logements et plus. L’ajout de la zone RU3-159.1 complètera une ceinture de zonage permettant de tels bâtiments.

Or, il y a actuellement cinq maisons unifamiliales de construites sur des terrains qui seront inclus dans cette nouvelle zone. Des craintes ont été soulevées que des promoteurs pourraient se porter acquéreurs de ces maisons pour les démolir et construire d’autres immeubles à logements. Pourquoi alors ne pas avoir limité la nouvelle zone au seul terrain vacant de la zone, l’actuel stationnement du parc?

«Faire du ‘spot zoning’, ça crée un préjudice aux voisins. Dans un plan d’aménagement, on veut rendre des secteurs mieux homogénéisés. Ce n’est pas pertinent de faire du ‘spot zoning’ pour du développement à long terme», affirme le maire tout en confirmant qu’il est effectivement possible que des entrepreneurs puissent un jour venir construire de nouveaux blocs à la place des résidences unifamiliales. «Mais acheter une maison présentement pour la mettre à terre et construire un immeuble à logements, ce n’est pas rentable. Il y a encore des terrains vacants à développer en périphérie.»

Le maire Labelle se veut rassurant quant aux futurs immeubles à logements qui pourraient être construits un jour en rappelant qu’ils ne pourront pas avoir plus de 2,5 étages et devront respecter certaines normes architecturales. Il ajoute qu’aucun entrepreneur ne se serait manifesté pour acheter le terrain du stationnement actuel en prévision de construire un immeuble à logements si le changement de zonage est finalement accepté.

«Il n’y a pas d’entrepreneurs qui ont démontré de l’intérêt et il n’y en a pas qui ont été sollicités, déclare-t-il. On a cependant évoqué au sein du conseil la possibilité que ce soit un organisme à but non lucratif qui puisse posséder et gérer un tel immeuble. C’est une belle opportunité à explorer.»

Monsieur Labelle, qui possède lui-même plusieurs immeubles à logements dans la région, affirme qu’il ne sera pas lié d’une manière que ce soit à un entrepreneur qui viendrait construire un tel immeuble à cet endroit.

Circulation et stationnement

Marc-Olivier Labelle réplique aux détracteurs du projet qui disent que la construction de jeux d’eau et la disparition du stationnement actuel mèneraient à un problème de circulation.

«Au niveau du stationnement, je suis d’accord qu’on vient en enlever un peu. Mais, par exemple, lorsqu’il y a du baseball, les gens se stationnent déjà naturellement dans la rue, le stationnement de l’école ou même celui de l’église, lance-t-il. Quant à l’achalandage, il pourrait même y en avoir moins car l’objectif est d’ouvrir la rue de la Gare jusqu’à la rue Maurice à brève échéance. Cela donnerait accès au CPE par cette rue ce qui enlèverait de la circulation sur la rue Maurice.»

Le maire n’avait pas d’échéancier précis concernant cette ouverture d’un nouveau tronçon de la rue de la Gare mais souligne que l’appel d’offres pour les plans et devis pour la nouvelle caserne de pompiers, qui devrait être construite sur cette rue, a été lancée.

Un coin de rue plus sécuritaire?

En ce qui a trait aux jeux d’eau, malgré le croquis d’implantation qui a été montré aux citoyens dans un feuillet envoyé par la municipalité et qui était basé sur une proposition reçue en 2018, monsieur Labelle affirme qu’il y en aurait plus que ce qui a été montré. Des jeux pour les 0-5 ans seraient installés vers le centre du terrain tandis que des installations pour les plus grands seraient mises vers un coin.

«Je pense que d’ouvrir ce coin de rue, en faisant une belle installation avec des arbustes, viendrait le sécuriser, dit-il en écartant pas l’installation d’une clôture. Ce serait plus visible et on veut mettre un trottoir qui relierait ces jeux d’eau avec le CPE ce qui sécuriserait la circulation piétonne.»

Le maire indique que la municipalité a obtenu des subventions totalisant plus de 80 000$ pour la construction de ces jeux d’eau en provenance du Fonds de développement du territoire, géré par la MRC. Le fonds pour frais de parc pourrait aussi être utilisé.

Vers le référendum

Selon monsieur Labelle, il n’y aurait pas tant de citoyens qui s’opposeraient réellement au changement de zonage proposé. «J’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient des réticences. Ça revenait souvent sur les grands axes de la circulation, le stationnement et la perte d’un bien commun, soit le stationnement, lance-t-il. Le bien commun, on le remplace par quelque chose de mieux adapté pour le futur et les besoins de la communauté avec les jeux d’eau et on a la possibilité d’augmenter l’assiette fiscale.»

Le nombre de citoyens qui ont signé le registre demandant un référendum sur ce règlement a été suffisant pour qu’un scrutin ait lieu. «Ça fait partie de la démocratie, concède le maire. Ce qui est important est que les gens aient la bonne information et pas seulement celle basée sur les opinions d’une personne en particulier.»

Cependant, au moment de discuter avec lui, monsieur Labelle ne savait pas quand ce référendum allait avoir lieu. Il indique que des détails devaient être clarifiés quant à la tenue d’un tel scrutin selon les mesures sanitaires en place. Une annonce officielle devrait être faite concernant les modalités de ce référendum dans les prochains jours si ce n’est pas déjà fait au moment où vous lirez ces lignes.